Epilogue (provisoire???)

Lorsque je commençai la construction de ce site, j'étais loin de me douter que la situation allait évoluer aussi rapidement. Je m'attendais à au moins une année de lutte pour que mon innocence soit reconnue, autant pour tirer Fiona des griffes du Protectionnel, lequel, jusqu'à présent, n'avait entrepris sur Fiona qu'une action destructrice, que pour la paix de ma famille et de moi-même. Ce ne fut pas le cas. Mais nous n'étions pas au bout de nos peines, ni de nos inquiétudes.

 

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Le SPJ retire Fiona de Cambrousse

 Le séjour de Fiona au CAU

Réunion informelle au SPJ

Les deux soeurs se carapatent

Les premiers jours aux "Buissons" : Claude le "boxeur"

Fiona change d'avocat

Juge choucroute, bis repetitas

Serais-je grand-père???

L'odyssée de Fiona

Coup de théâtre!!!

Réunion en urgence au SPJ

Et maintenant?

 Combat d'arrière garde

 


Le SPJ retire Fiona de Cambrousse (31 janvier 2003)

 La réunion du SPJ du 31 janvier eut pour effet de réunir le Docteur Mabuse, une des matones de Cambrousse (catégorie senior), une dame assez jeune, qui s'avérait être la Directrice du futur refuge de Fiona, ainsi que deux autres dames, l'une plutôt jeune, l'autre d'âge mûr, qui étaient déjà (discrètement) présentes lors des réunions précédentes, et qui s'avéraient être les deux "déléguées" du SPJ chargées de l'affaire Fiona.

D'amblée, le docteur fou me prend à parti, me reprochant d'avoir livré en cachette 3 GSM à sa pensionnaire.  L'avocate de Fiona avait même parlé de 6 (six) GSM! Lorsque le commissaire Roland se tapa, à son tour, les 140 bornes séparant Liège de Cambrousse pour interroger Fiona, celle-ci lui aurait dit : "Mon père, c'est un saint". Un saint high-tech en quelque sorte: même Jésus se contentait de multiplier les pains et les poissons... Il est vrai que Cambrousse est plus près de Marseille que Liège, et surtout du Limbourg profond dont mes parents sont originaires. Sèchement, je remets les chiffres en place : nous ne lui avions livré qu'un seul GSM: les deux autres, on s'en souviendra, elle les avait en sa possession depuis l'Auberge des Marches...

Ensuite Mabuse repasse à l'attaque, évoquant entre les dents MCB, la vieille taupe qu'il présenta comme la grande confidente de Fiona (ben tiens!) et réitéra ses délires : mes 280 bornes  aller-retour, pour livrer ma fille aux fantaisies sexuelles de deux "clients". Il n'eut pas exactement l'effet escompté: à voir l'expression perplexe de Ricard, le Directeur du SPJ, il était visible qu'il se posait des question quant à l'état mental de celui qui se disait psychiatre. Souhaitons que cela serve de leçon au fonctionnaire de la Communauté française et qu'il y regardera dorénavant à deux fois avant de confier un de ses "protégés" à un tel personnage.

C'est mon avocat qui rend à la réunion un caractère moins démentiel en faisant remarquer les parties du prononcé qui nous étaient (vaguement) favorables, insistant sur les dégâts qu'une séparation de Fiona avec ses attaches familiales avaient déjà causés, arguant du fait que ces parties du jugement sont au moins aussi importantes que le reste et que de n'en pas tenir compte équivalait à ne pas tenir compte de la décision judiciaire dans son ensemble. Argument un peu limite, mais qui eut son effet. Suite à tout ça, le Directeur décide:

Pour notre part, Carmen, Maureen et moi, nous étions déjà fort heureux de voir Fiona sortir de sa maison de fou pour un endroit qui, d'après notre avocat qui le connaissait, était tout ce qu'il y a de familial et de tranquille. Au début de la construction de ce site, notre fille y était toujours internée. Il y a eu pas mal de mouvement depuis...

Retour en haut de page    Séjour de Fiona au CAU

 


Séjour de Fiona au CAU

Le séjour de Fiona aux CAU n'eut tout de même rien de comparable avec les autres refuges : pas de passage à tabac, pas (trop) de pression pour faire dire à Fiona ce qu'elle ne voulait pas dire. Le médecin préposé à l'établissement, épouvanté par les doses de tranquillisants pris à Cambrousse, commença par un sevrage progressif :

Médicament

dosage

Moment de la journée

Durée du traitement

TRAZOLAN

1

Soir

environ 3 semaines

VALIUM 10

1/2

9.00h, 12.00h, 18.00h, 23.00h

environ 3 semaines

Après 3 semaines, Fiona décida l'arrêt total de tout tranquillisant et le médecin respecta sa décision. Elle commença à avoir les idées plus claires, mais avec les idées plus claires revinrent également les idées les plus tristes. Nous lui écrivions tous les jours et dans une de ses lettres, Carmen, connaissant les idées littéraire de sa fille, lui conseilla de coucher toutes ses idées sur le papier, tout ce qui lui passait par la tête. Un des éducateurs la surprit en plein travail et lui demanda : "Tu écris beaucoup! Qu'est-ce que tu fais? " "J'écris ce que je pense, tout ce qui se passe dans ma tête," répondit Fiona, "C'est maman qui l'a conseillé. Elle a raison. Ça fait du bien!"

Du coup, lors de notre visite suivante, voilà la directrice du refuge nous reproche d'avoir une fois de plus, "exercé une pression sur notre fille"!!! Nous lui aurions conseillé d'écrire "tout ce qui se passe [point-barre]". Qui manipule le discours de qui? Je vous le demande! C'est également lors d'une de nos visites que Fiona nous parle de Cambrousse et du trafic de drogue endémique qui y régnait en toute impunité, sous le regard stupéfait de la directrice. C'est également durant cette période qu'elle est en mesure de nous transmettre le mémo qui reprenait sa version des événements du 19 septembre 2002, ses démêlés avec les Marches et l'ambiance paradisiaque du Bosquet à Cambrousse. Telle était la situation de Fiona au début de la construction de ce site. Depuis, les choses ont commencé à aller de mieux en mieux, jusqu'à ce qui faillit bien être la catastrophe finale.

Retour en haut de page     Réunion informelle au SPJ

 


Réunion informelle au SPJ (11.2.2003)

Ce jour-là, ce sont les deux déléguées du SPJ, Mesdames D... (la plus jeune) et L... (la plus âgée) qui nous convoquent. Nous apprenons que, le séjour de Fiona au CAU touchant à sa fin, la SPJ envisageait un placement dans un home de séjour de plus longue durée, en un lieu que nous appellerons "Les Buissons", et que nous situerons dans un petit patelin dans la région de Marche-en-Famenne. Du coup, la distance entre Fiona et nous, après être passée de 140 à 40 km, double à nouveau! Ironique, je me réjouis que la Belgique n'est plus un pays colonial, sinon ils l'auraient sans doute placée à Léopoldville (l'actuelle Kinshasa)! Mon humour n'a pas l'heur de plaire à ces dames qui me font remarquer "qu'ils n'ont pas pu trouver plus près", que le seul centre ayant encore de la place (La Maison Joyeuse, dans la région liégeoise) renfermait des "toxicomanes et des délinquants" (tiens donc, on était pas si regardant quand on l'a mêlée au "toxs" et aux aliénés du Bosquet!!!), et qu'il fallait éviter de la "trimballer d'un endroit à un autre, qu'elle trouve de la stabilité". Dans ce home, on pouvait envisager, après une période d'essai de 2 mois, un séjour prolongé de 1 an minimum. Nous comprenons ce qui se passe: un juge d'instruction qui ne clôture pas un dossier (alors que la police, après le "rebondissement" tenté vainement par Mabuse, déclare avoir terminé son enquête), un placement de longue durée... Le SPJ compte bien garder Fiona entre ses griffes jusqu'à sa majorité! Je décide d'un peu calmer le jeu en disant que si une place plus proche de l'environnement de Fiona se libérait, je souhaiterais personnellement que Fiona soit plus proche de nous, dans un environnement urbain lui convenant mieux que les prés, les vaches et les cochons. Les deux déléguées acquiescent vaguement, mais Carmen me dit d'un ton désabusé: "Ne te fais pas d'illusions, ils ne le feront pas!" Du coup Madame L... pique une grosse colère: nous n'avions pas idée des difficultés rencontrées pour trouver une place de libre! Il y a trop peu de homes, trop peu de... Moi, je veux bien, mais ni Carmen ni moi n'avions demandé le placement de notre fille. En outre, ma femme avait raison : deux semaines après que Fiona eut intégré ses nouveaux appartements, nous apprenons une chose : lors de nos visites au CAU, nous avions remarqué un gros bâtiment précédant la petite maisonnette où se trouvait le CAU proprement dit. Ce gros bâtiment, c'était en fait un home de longue durée, situé à moins de 40km, et une place avait été prévue pour Fiona! Ricard n'en a pas voulu! Faisant fi des "remarques" de la Cour d'Appel, le SPJ s'entêtait à éloigner notre fille de son milieu familial, social et scolaire. Pourtant, il y a un changement important: les déléguées nous proposent de visiter le home, à Fiona, Maureen et à nous-mêmes. Cela se fit le [...]

En vérité, l'endroit n'était pas désagréable. Il jouxtait une ferme et je dois avouer que lorsque je vis l'éducateur de Fiona, que j'appelerai Greco, il me fit une excellente impression. Ce ne fut guère le cas de la Directrice, ni de l'assistante sociale, mais sur ce dernier point, je me trompais. C'est elle qui, en fait, se montra la plus sincère lors d'un incident qui se produisit deux semaines à peine après l'entrée de Fiona aux Buissons. Mais j'anticipe, là. On nous fait visiter. Il n'y a que des filles et des petits enfants. Les jeunes filles ont droit à une chambre individuelle, avec possibilité de la fermer à clé dès la période d'essai terminée. Fiona me murmure à l'oreille :"Tu peux dire ce que tu veux. Je ne reste pas ici. Je me casse." Je lui conseille une fois de plus de ne pas prendre de décision inconsidérée et de laisser venir les choses. Mon avocat surenchérit en faisant savoir que Fiona devait, dans les prochains jours, se soumettre à l'examen d'un médecin-expert désigné par Plâtrier, le docteur B..., auquel nous avons tout naturellement adjoint un contre-expert, le docteur R..., et que tout retard dans cet examen influerait sur le dossier pénal. De plus, l'endroit me semblait infiniment plus accueillant que les autres, les éducateurs insistant sur la "transparence" que devait revêtir les rapports avec tous les intervenants, et insistant sur le fait qu'il ne leur appartient pas d'intervenir dans l'Instruction. Je leur réponds que dans ce cas, ce serait bien le premier centre à ne pas y mettre son grain de sel (Voir Lino aux Marches et Mabuse le cinglé au Bosquet). En vérité, ils tinrent parole, du moins sur ce point...

Retour en haut de page     Les deux sœurs se carapatent

 


Les deux sœurs se carapatent (5 mars 2003)

Le 5 mars, nous sommes de nouveau convoqués au SPJ par son Directeur. Nous nous y rendons, Carmen, Maureen et moi, mais curieusement, Ricard interdit l'entrée à Maureen. Monumentale erreur comme on le verra par la suite! Outre notre avocat et celle (censée être celle) de Fiona, il y a là aussi la Directrice du CAU et Monsieur Greco. On y découvre notamment que Fiona aurait vu le Dr P... du CHR de la Citadelle, lequel se serait indigné du suivi médical apporté à Fiona au Bosquet, consistant à "de simples prises de tranquillisants sans aucun autre traitement curatif". Il lui est impossible de se prononcer de manière catégorique sur l'état de santé de Fiona, mais suite au bref entretien qu'il a eu avec elle, il n'a détecté aucun signe de troubles mentaux tels que mythomanie ou psychose. Mon avocat, assermenté, a vu ce rapport en tant que pièce du dossier. Je me demande s'il figure toujours dans le dossier du SPJ. De toute manière, ce rapport corrobore ce que nous n'avons cessé de dire depuis des mois : je ne suis pas coupable et notre fille n'est pas folle. .

Ensuite, Ricard fait sortir Fiona: deuxième erreur! (Maureen est toujours dans la salle d'attente). Notre avocat stigmatise l'éloignement de Fiona de son milieu naturel et le mépris manifeste des recommandations de la présidente de la Cour d'Appel. Il fait pour la première fois cette métaphore assez surprenante : "Fiona va finir par parler avec ses pieds". En d'autres termes : elle va finir par fuguer.  On se récrie : il n'y avait pas de place plus près et un assouplissement des mesures de séparation entre Fiona et sa famille a déjà été décidé. Puis Ricard nous fait sortir : notre avocat et nous. Lorsque nous arrivons à la salle d'attente, plus de traces de Maureen et Fiona! La salle d'attente étant vide, elle se sont tranquillement dirigées vers les ascenseurs et ont pris la poudre d'escampette! Alors que nous nous faisons du soucis, notre avocat reste de marbre. Il va s'assurer que les deux fugitives ne sont pas quelque part dans le bâtiment tandis que nous parvenons à les atteindre par le GSM de Maureen. Celle-ci explique qu'elles sont déjà à quelques centaines de mètres de notre domicile et que Fiona a décidé de teindre ses magnifiques cheveux blond cendré à l'aide de la teinture de Carmen. Celle-ci leur dit qu'elle n'a plus de teinture, et que de toute façon, ce n'est pas le moment de fuguer : les choses ont l'air de s'arranger. Tandis que les palabres et les discussions se poursuivent, notre avocat, rassuré, a un large sourire. Dès qu'il entend que nos deux filles acceptent de rentrer, il prend un air grave et sombre et entre dans le bureau de Ricard, interrompant les messes basses entre celui-ci, l'avocate fantoche de Fiona et les deux responsables de centres en annonçant la fugue des deux sœurs et leur retour sur l'insistance des parents, envoyant ainsi un cinglant démenti aux deux postulats des psychologues en chambre, à savoir : le peu d'affinités et de contacts entre les deux sœurs, et le manque de collaboration des parents! De fait dès qu'elles rentrent et qu'on nous laisse à nouveau pénétrer le Saint des Saints (je veux dire la salle de réunion) je prends Ricard à parti en lui disant : "Comme vous pouvez le constater, nous avons une fois de plus fait pression sur Fiona... Pour qu'elle rentre! Le pire de tout, c'est que c'était vrai! Chaque fois que nous avons fait pression sur elle, c'était dans ce but, que ce soit aux Marches, à Cambrousse et au CAU! Ricard fait mine d'ignorer ma remarque. Il a décidé, et ses décisions contiennent, effectivement, un sérieux assouplissement des contacts parents-enfant, en substance :

Il y a effectivement un mieux et nous ne sommes pas trop réticents à signer cette décision .

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Les premiers jours aux Buissons : Claude le "Boxeur"

Les premières semaines de Fiona se passèrent relativement bien, son titulaire Greco déplorant le fait que Fiona ne cherchent guère de contacts avec ses "camarades". J'explique à l'éducateur l'enfer que Fiona a déjà traversé au Bosquet (ayant été mis au courant par son mémo) et lors d'une de mes visites, je lui donne des explications complémentaires. L'éducateur a l'air atterré, surtout lorsque je lui révèle les raisons (officielles) de l'internement de Fiona au Bosquet : une tentative de suicide simulée et des auto-mutilations dans un parking que je tiens au contraire pour une agression en vue de l'intimider. Il est normal qu'elle se tienne à l'écart: elle observe et elle se dit: "Dans quelle mesure puis-je avoir confiance, ici? Déformera-t-on mes propos, comme ailleurs où suis-je vraiment en face de personnes honnêtes?"

Le premier gros problème auquel ils furent confrontés, c'était la difficulté de scolariser Fiona dans leur raison : aucun établissement n'offrant les options qu'elle avait à son ancienne école. Elle a fini par essayer, malgré tout, mais l'hostilité marquée par certains professeurs l'amenèrent à s'enfermer dans les toilettes de l'établissement jusqu'à la fin des cours ! Dans un autre établissement, c'est le Directeur qui lui dit sèchement : "Ici on travaille, ou c'est la porte!" Belle entrée en matière pour une fille qui a eu en tout et pour tout trois petites semaines de scolarisation cette année! Bref, Fiona ne voulut plus entendre parler de scolarisation dans ces "bleds pourris" et envisageait la possibilité d'un enseignement à distance.

C'est dans ce contexte-là que survient l'incident dit de "Claude" Le Boxeur. Pendant l'internement de Fiona aux Buissons, Carmen l'avait ramenée près de leur médecins-nutritionniste qui, tout en félicitant Carmen de sa perte de poids, fut catastrophé par l'aspect de Fiona. Il lui prescrit d'autres préparations médicamenteuses, ainsi qu'un régime hyper-protéiné, tout en recommandant à notre fille de manger beaucoup de fruits et de légumes. Il était donc naturel que Fiona ne participât guère aux dîners des "Buissons". Elle préférait rester dans sa chambre, à lire tranquillement, sans embêter personne. Ce n'était pas au goût d'un éducateur prénommé Claude, que Carmen surnomma automatiquement Claude "Le Boxeur".

A son travail, Carmen reçut un coup de fil d'une Fiona en larmes, qui lui raconta qu'un éducateur l'aurait littéralement arrachée de son lit, pour l' envoyer dinguer contre les quatre murs de sa chambre et ensuite, il l'a traînée dans le couloir, VERS les escaliers. En arrière-plan, Carmen entend une voix de femme dire : "Il y a certaines règles à respecter", à quoi Fiona répond "Ça vaut aussi pour les éducateurs..." Carmen me téléphone la nouvelle et je prends contact avec la Directrice en lui demandant ce qui se passe : c'est une femme furieuse que j'ai au bout du fil, me disant que Fiona ne voulait pas collaborer, qu'elle se demandait ce qu'elle pouvait faire d'elle, etc... Je lui dis avec un calme que j'étais loin de ressentir que tout ça ne méritait pas un traitement comme elle a subi. "Pas de menace!" hurle la Directrice hors d'elle. Je lui demande en quoi ma remarque pouvait passer pour une menace et j'ajoute que je ne fais jamais de menaces, pour la simple raison qu'une menace constitue un avertissement pour celui qui en est l'objet. Un blanc à l'autre bout du fil, pendant lequel je lui demande SA version des fait. "Elle s'est enfermée dans les toilettes!" répond la Directrice. "Encore !" dis-je "J'étais au courant de l'incident à l'athénée de LR... Et elle aurait fait la même chose au home?" "Oui", répond avec aplomb la Directrice "Vous comprenez que cela ne peut durer, Dieu sait ce qu'elle pourrait faire tant qu'elle est enfermée là-dedans, vu son passé..." Son passé ? Tiens donc! Elle raccroche, car elle a du boulot. Qu'à cela ne tienne, je retéléphone et c'est l'assistante sociale qui me répond. Sa version diffère du tout au tout de celle de la Directrice et se rapproche de celle de Fiona, tout en précisant que Claude le Boxeur n'est tout de même pas allé jusqu'à l'envoyer dans les escaliers et que dans le chef de Fiona, il y a eu plus de peur que de mal. "Certes, dis-je, mais cet incident s'est passé un vendredi, et dimanche je suis censé la voir. Si le corps de Fiona porte des traces du "traitement spécial" après ma visite, à qui va-t-on les imputer ? A un éducateur soupe au lait ou à un père suspecté de brutalité envers sa fille??? J'exige donc que ma fille soit examinée immédiatement par un docteur et je préviens par fax mon avocat de l'incident. Sur ces entrefaites, je reçois un coup de fil de l'assistante sociale qui me fait savoir que le médecin était passé, avait examiné Fiona et a constaté effectivement des "traces de forte traction" susceptibles de provoquer de légers hématomes, mais qu'effectivement, il y avait eu plus de peur que de mal.

Note : Comme Gréco n'était absolument pas désireux, lui, d'étouffer l'affaire je n'aurais jamais signalé cet incident si les choses avaient évolué autrement. Dans le nouveau contexte, il montre quelque chose de capital: La Directrice m'a donné une version inexacte (le terme est faible) de l'incident, désireuse sans doute de couvrir son personnel ou pour je ne sais quelle autre raison, mais une chose demeurait sûre : il fallait dorénavant se méfier des dires de la Direction, tout en accordant une confiance prudence au reste du personnel.

Retour en haut de page    Fiona change d'avocat

 


Fiona change d'avocat

Mis à part l'incident cité plus haut, arrivé une semaine à peine après son arrivée aux "Buissons", le séjour de Fiona fut calme. Elle se fit même deux bonnes copines en la personne de J... et de A..., qui avaient approximativement le même âge qu'elle. Etrangement, le SPJ se montra particulièrement bien intentionné à notre égard : outre les deux week-end par mois, elle eut droit à deux fois quatre jours supplémentaires chez elle à l'occasion des vacances de Pâques, et une sortie spéciale pour les obsèques, (encore!) de son vieil oncle du côté maternel. Mis à part pour ces obsèques,  je me réfugiais à chaque fois, soit chez mon pote de toujours, dans le Condroz, soit chez mon vieux père à Liège, lui donnant un coup de main pour divers travaux qu'il envisageait dans sa grande maison.

C'est après les vacances de Pâques que Fiona prit une grande décision : considérant qu'il lui serait difficile de trouver pire comme avocate pro deo, elle décida de la désavouer; et elle lui écrivit en ce sens. Ensuite, elle écrivit au Bureau d'Aide à la Jeunesse pour demander un nouveau défenseur, ce qui lui fut accordé en la personne d'une jeune femme, Maître T..., qui, malgré sa jeunesse, avait, selon notre avocat, déjà une solide expérience dans les cas de maltraitance alors que; pour la première, c'était la première fois qu'elle plaidait. Celle-ci se permit d'écrire à Fiona, en sous-entendant que "sa décision était peut-être motivée par une pression familiale". Erreur, chère demoiselle! Si vous saviez qui, la première, à conseillé à notre fille de changer d'avocat, vous rentreriez six pieds sous terre et n'oseriez plus vous présenter au Palais. Il est vrai que vous avez traité Fiona en gamine de cinq ans irresponsable, que vous n'avez jamais été son porte-parole, qu'à cause de votre complaisance vis-à-vis du Protectionnel, vous lui avez ouvert les portes de l'enfer de Cambrousse et que, sans votre remplacement par une avocate autrement plus critique, tant vis-à-vis de nous que vis-à-vis des autres intervenants, nous n'aurions pas pu faire grand-chose pour elle. Mais désolé, ce n'est pas nous qui avons conseillé Fiona dans cette affaire, et il a fallu beaucoup pour que cette personne sorte de sa réserve pour faire cette recommandation à Fiona. C'est cette réserve que je respecte ici pour ne pas la nommer. Il le vaut mieux pour vous, d'ailleurs, pour votre carrière future. Personnellement, je ne sais si je dois mettre les bourdes que vous commîtes sur le compte de l'inexpérience, sur des idées préconçues ou... sur de la duplicité.

Retour en haut de page    Juge choucroute, bis repetitas

 


Juge choucroute, bis repetitas...

Le 30 avril, nous sommes à nouveau appelé au Tribunal de la Jeunesse, mais ce jour-là, l'atmosphère était beaucoup plus sereine. Fiona prit place sans crainte à mes côtés, sans que la nouvelle avocate n'en prît ombrage. Et, chose bizarre, le juge avait beaucoup perdu de sa morgue. Il était devenu presque amical, ce qui n'était pas sans me causer quelque inquiétude. Il se demanda même si, au vu de la situation présente, "cette affaire aurait encore lieu d'être", mais qu'il attendait toujours le rapport du docteur B... (flanqué par notre contre-expert le docteur R...) pour parfaire sa décision. Il fixa donc sans attendre la prochaine audience au 4 juin 2003.

A la fin de cette audience, maître T... vint nous voir, notre avocat, ma femme et moi, et répéta ce que mon médecin traitant, mon psychiatre et d'autres personnes me répétaient depuis pas mal de temps : s' "ils" avaient réellement trouvé des éléments de preuves ou des présomptions suffisante à mon encontre,  j'aurais été mis en prison depuis longtemps. Or, n'étant pas inculpé, je n'avais même pas droit à voir le dossier d'Instruction! Maître T... proposa alors la chose suivante : elle se constituerait partie civile "contre nous", avec constitution de tutelle, Fiona étant mineure, non pas pour nous nuire, mais pour avoir, ELLE, accès au dossier instructions. Nous répondîmes plus que favorablement à cette demande, sachant bien que depuis bien deux mois, ce dossier n'évoluait plus et que la tentative ridicule de Mabuse pour relancer l'Instruction avait tourné court. Le juge semblait presque convaincu, le Protectionnel avait abandonné, semblait-il, toute hostilité à notre égard. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes... C'était trop beau pour durer...

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Serais-je grand-père???

C'est le 8 mai 2003 que les choses se précipitèrent, une fois de plus, dans l'autre sens, selon un schéma déjà bien connu dans les autres Centres. Tout d'abord, le portefeuille de Fiona, comprenant sa carte de Sécu et ses papiers d'identité, disparaît mystérieusement. Ensuite, alors que Fiona suivait un régime hyperprotéiné, et qu'ils étaient au courant, le personnel des "Buissons" se s'inquiète de sa perte importante de poids. On l'envoie chez le médecin. A son retour, vers 11.30h, Fiona, paniquée, téléphone à sa sœur pour qu'elle demande à leur gynécologue commune de faxer au plus tôt son dossier personnel de toute urgence (avec échographie de la matrice [vide] datant du 22 avril). Alors qu'elle devait revenir, il n'était déjà plus question pour Fiona de passer le week-end en famille! Maureen fait le nécessaire.

L'après-midi, Carmen reçoit un coup de téléphone de la Directrice des "Buissons" qui, simultanément, se plaint du fait que Fiona reste dans son coin sans communiquer avec les autres et se serait mis à raconter ses "déboires" à tous les pensionnaires du centre. Ma femme a du mal à suivre le raisonnement contradictoire de son interlocutrice qui ajoute que Fiona raconterait qu'elle serait enceinte de quatre mois!!! Bouleversée, l'une de ses copines, J..., serait allé voir la directrice et lui aurait exposé le problème, en ajoutant que  Fiona serait allé voir une autre gynécologue que sa praticienne habituelle et que nous ne voulions pas nous occuper de cette affaire! Et Fiona refuserait tout test de grossesse ! Elle aurait parlé d'une clinique située dans notre commune, une clinique avec des armoiries comme au Moyen-Âge. Désolé, Madame, mais vous ne connaissez pas notre patelin : il y a effectivement deux cliniques, mais en guise d'armoiries, elles arborent toutes deux des... croix bleues : ce sont des cliniques vétérinaires!!!

Plus tard, Carmen reçoit un autre coup de fil, émanant cette fois de Gréco. Cette fois la version change. Ce n'est plus J..., mais une éducatrice (un témoin "fiable", donc).

Or, selon Fiona, cette "éducatrice" ne serait autre que Gréco en personne. Elle aurait demandé, elle, un test de grossesse, mais il lui est répondu que le 8 mai étant un jour férié, il n'y a pas de pharmacie ouverte! Or, voilà bien une trentaine d'année que le 8 mai (jour"V") n'est plus férié en Belgique, ce que Fiona, ne manque pas de leur faire remarquer. Peine perdue.

Lorsque je me renseigne en personne, la directrice me donne une quatrième version : Fiona aurait dit, chez le médecin, qu'elle était enceinte de douze semaines! Lorsqu'on lui aurait fait remarquer que c'était difficile à croire, vu le dossier gynécologique. Elle aurait dit : "Qui vous dit que je ne suis pas enceinte de quinze jours ???"  Et c'est là qu'elle aurait refusé le test de grossesse.

Lorsque nous parlons à Gréco, celui-ci semble avoir complètement tourné casaque. De favorable, son attitude était devenue froide, réticente, presque hostile: il nous fait savoir qu'il n'est plus un interlocuteur valable et que dorénavant, pour cette affaire, il fallait désormais passer par la Directrice, la Directrice que, lors de l'affaire du "Boxeur", j'avais surpris en flagrant délit de mensonge. Tout cela n'augure rien de bon.

Pour Fiona, tout se passe alors selon le même scénario qu'à l'Auberge des Marches : interdiction est faite aux autres pensionnaires de communiquer avec elle. Ce serait dangereux et ils risqueraient les pires ennuis. Fiona a peur. Elle a peur de se retrouver à Cambrousse, son atmosphère de prison, ses vols à répétition, l'inhumanité des matones, la folie de Mabuse... Cette fois, aucune prière, aucun ordre, aucune menace, aucun danger ne la fera reculer. Comme disait mon avocat, elle va "parler avec ses pieds". La fugue semble, pour elle, la seule solution possible.

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L'odyssée de Fiona

Le lendemain vendredi 9 mai 2003, Fiona s'échappe du Home "Les Buissons", sans papiers, rien qu'avec une petite somme d'agent dissimulée dans une ceinture spéciale que je lui avait offerte pour cacher son argent des voleurs sévissant au Bosquet. Sa hantise : le retour a Cambrousse. C'est par cet "ostracisme", tout relatif d'ailleurs, que cela avait commencé aux Marches. Toute son intelligence, toute sa ruse, elle l'avait investie dans sa fuite. Sachant que la plupart de ses prédécesseurs s'étaient fait coincer par le signal émis par leur GSM, elle décida d'en user avec parcimonie. Juste un coup de fil pour dire qu'elle allait bien, qu'elle était en parfaite sécurité, et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Tu parles ! J'insiste pour qu'elle se rende. Elle refuse. "Je vous ai déjà trop obéi, et voyez ce que ça donne!" Le jour de sa fugue, j'étais chez mon père, pour l'aider à préparer ses bagages: il allait partir en Espagne pour régler quelques affaires qu'il avait là-bas. C'est Carmen qui m'annonce la fugue de Fiona, avec la Directrice qui transmet sa cinquième version de l'incident d'hier : Fiona se serait disputée avec elle, disant que, comme d'habitude, on avait interprété ses dires de manière malhonnête. Elle ajoute qu'elle avait certainement des complicités dans la place. Lorsque Carmen demande des explications, la Directrice a cette phrase terrible : "Vous ne pouvez vous imaginer la solidarité que ces gosses peuvent développer contre nous!" Pourquoi diable cette solidarité contre les éducateurs?  Pourquoi, même dans un centre aussi "cool" que "Les Buissons", les éducateurs sont-ils considérés comme des ennemis? N'est-ce pas un aveu d'impuissance, de faillite d'un système qui se dit social mais qui s'avère encore plus répressif que celui réservé aux adultes ?

 Mon père me demande qui a téléphoné. Je lui dit que c'est Carmen avec des nouvelles de Fiona. Elle va bien. Je n'ai garde de lui dire la vérité: c'est un cardiaque, mais il devine quelque chose: il me dit: "Si tu es fatigué, tu peux rester ici un moment, mais ferme bien tout en sortant!" De fait, je suis tellement angoissé qu'il m'est impossible de tenir un volant. Une fois mon père parti, je téléphone au Home et tombe sur la Directrice. Avec moi, elle reste fidèle à sa version: Fiona se prétendant enceinte lors de sa visite au médecin. Je lui demande si elle serait prête à confirmer sa version devant un tribunal. "Oui", répond-elle avec aplomb. Et elle me fait savoir perfidement que cette histoire de grossesse risque d'être dangereuse pour moi. Qu'elle serait susceptible de... relancer l'Instruction. Là, je me fous en colère. Je lui hurle dans les oreilles que j'avais ma conscience pour moi et que l'Instruction, je m'en foutais éperdûment, que "je m'en "tapais le popotin"(sic) et que pour l'heure, je ne voyais qu'une chose: avec leur manoeuvres à la con, ma fille courait un danger mortel. Cela seul importait à mes yeux. Peu encline à poursuivre sur cette lancée dangereuse, la Directrice me demande quelle serait sa destination, à mon avis. Je réponds que je ne vois pas d'autre destinations que notre domicile. "Dans ce cas", dit la Directrice,"Gardez-la et ramenez-la nous lundi. On fera comme si rien ne s'était passé." A ce moment, mon propre GSM se met à vibrer. C'est Fiona. Elle dit qu'elle est en sécurité et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Tu parles ! Je la supplie de revenir chez nous et d'y passer le week-end. La Directrice passerait l'éponge. Sèchement, Fiona répond que cette femme est une "sale menteuse" (sic) et qu'elle ne lui ferait plus jamais confiance. Elle me prévient qu'elle essayerait de garder le contact avec nous, mais pas par GSM. Trop dangereux.

Trois jours plus tard, une inconnue se présente chez le petit ami de Maureen. Celle-ci, présente, ouvre. "C'est toi, Maureen?" demande-t-elle. Maureen acquiesce. Sans ajouter un mot, la jeune fille (ou femme) donne à Maureen un objet d'aspect métallique. Mon autre fille reconnaît immédiatement le GSM de sa sœur

 Pendant ce temps, les polices locales de la région de Marche-en-Famennes sont sur les dents. Ils demandent la marque et le N° de GSM de Fiona à Carmen qui n'a d'autre choix que de leur donner. De fait, ils ont localisé ce sacré GSM un peu partout : à LR..., à Marche, à Huy,....  Ils ont même détecté un appel ayant pour cible... la police de Bruxelles-Ixelles! Et pour finir, ils détectent le signal dans la région liégeoise.

La cavale de Fiona dura six longs jours. Six longues journées mortelles pour nous. Au coups de fil de la police de Marche succèdent les visites de notre police locale. Carmen leur fait savoir à "notre" police que  c'est suite à une dispute avec la Directrice du Home que Fiona s'est enfuie. Tiens! Une dispute! Ils n'étaient pas au courant de cette histoire! La police de Marche me téléphone demande si par hasard, Fiona ne serait pas partie en Espagne avec son grand-père! Je réponds que c'est impossible pour deux raisons: la première, c'est que j'étais présent lors du départ de mon père qui ferait le voyage en avion, et s'ils ne pouvaient croire mes dires, il leur suffirait de se renseigner aux Buissons: là-bas on leur confirmerait que l'avant-veille du drame, on avait "taxé" le portefeuille de Fiona avec ses papiers d'identité. Essayez voir de monter dans un avion sans papiers!

Le deuxième jour (ou était-ce le troisième?), un combi de la police locale s'arrête devant chez moi. Deux policiers descendent et me demandent si par hasard, Fiona n'aurait pas pu aller se réfugier dans la maison vide de son grand-père! Je réponds que c'est matériellement impossible : je suis le seul à disposer des clés et celles-ci n'ont pas quitté mon trousseau. Peut-être a-t-elle fait faire des doubles, émet l'un des flics. Je rétorque que l'une des serrures était pourvue de clés soi-disant "incopiables", mais je leur propose spontanément de visiter la maison de mon père, pour qu'ils aient tous leurs apaisements. Je monte à l'arrière du combi et les accompagne jusqu'à la grande maison de maître que mon père occupe tout seul, depuis la mort de ma mère. De fait, il n'y a personne! Lorsque les policiers me ramènent devant la maison, je leur demande ce que je dois faire, en commençant mon histoire. Un des policiers m'interrompt en disant : "Nous connaissons le dossier!" Il dit ça d'une voix douce, neutre. "Que devrais-je faire, si elle me contacte", demandé-je. "Nous prévenir", dit le policier. "On la renverra dans son Home". Je lui dit qu'effectivement, ce serait la solution la plus sage, mais qu'elle risquait fort de ne faire qu'un bref séjour là-bas et de se retrouver à Cambrousse. "Hou là! Cambrousse?" s'exclame l'autre policier. "Vous comprendrez que ce serait comme trahir ma fille", ajouté-je. "Elle a déjà fait un séjour là-bas. Je crois que lorsque votre fille est en danger, il n'y a plus de loi, plus de police qui tienne. Etre père dans de telles circonstances et se cacher derrière la loi..." Le policier hoche la tête d'un air songeur. Il ne dit plus rien. Le combi repart.

Arrivé à la maison, le téléphone sonne : c'est L..., la plus âgée des déléguées du SPJ. Elle ne pouvait pas tomber plus mal. Je suis à bout de nerfs. Elle a droit à tout le paquet :"Qu'est-ce qui s'est passé? hurlé-je, qu'est-ce que vous avez encore inventé?" "Nous n'avons rien inventé, rétorque L..., c'est Fiona qui a dit..." "Fiona a dit... Fiona a dit... Fiona a dit tant de choses! Ou plutôt, on a dit que Fiona aurait dit tant de choses! J'en ai plus qu'assez de ces histoires. Si j'apprends que vous l'avez renvoyée à Cambrousse, je la tire de là de force, s'il le faut! Pour le reste, je ne veux même pas savoir où elle est, Fiona, sinon, un autre docteur Mabuse irait prétendre que j'aurais affrété un car de Hollandais pour faire de ma fille l'attraction sexuelle de Belgique. C'est vous qui l'avez amenée à de telles extrémités! Débrouillez-vous!" Et je raccroche aussi sec. Plus tard, Carmen m'apprendra qu'elle reçut un coup de fil de la déléguée lui disant d'un air embarrassé que "j'aurais été très fortement perturbé par cette affaire..."

Le jour six avant midi, pendant que j'ameute par Internet et par d'autres moyens mes amis, pour essayer de retrouver Fiona avant les flics et lui éviter Cambrousse, le téléphone sonne. C'est Fiona. Elle me demande "la clé de la maison de Papy". Je refuse. Les flics surveillent la maison. Je lui dis que de toute façon, elle ne pourra pas fuguer éternellement, qu'elle a posé un geste et qu'il fallait maintenant qu'elle se rende chez son avocate. Fiona se fâche. C'est une de nos rares disputes. Je lui répète que c'est la seule solution, puis j'ai une idée: "Va chez ta mère à son travail", dis-je."C'est bientôt l'heure de midi. Elle saura mieux que moi te conseiller. Tu sais bien que si je bouge, MOI, ça ne peut avoir que des conséquences catastrophiques!" Elle finit par se rendre à mes raisons et promet d'aller voir Carmen. C'est à ce moment-là que, comme Jésus, (après tout, d'après Fiona, je serais un saint, alors...) que je craque pour la troisième fois et je fais quelque chose que je n'avais plus fait depuis bien vingt-cinq ans : je me prends une de ces cuites! Bof! Comme je bois fort peu, deux petits verres de cognac suffisent pour m'envoyer dans mon lit, ivre comme un étudiant un jour de bizutage.

C'est Carmen qui me raconta la cuite... je veux dire la suite de l'histoire. Fiona l'a bien rejointe à son travail et tous deux, elles sont allées voir Maître T... Carmen croit percevoir autour d'elle une présence policière. De fait, il y a des flics, mais ils ne semblent guère leur porter intérêt. Mais à peine Carmen et Fiona franchissent-elles la porte de notre maison , voilà qu'un combi s'arrête devant notre porte. Un policier descend. Carmen le laisse rentrer. Le flic aperçoit Fiona terrorisée, lui sourit et lui dit : "Ne t'inquiète pas, tu n'es pas prête de retourner à Cambrousse. Viens avec nous et n'aie pas peur". Résignée, Fiona suit le policier et entre dans le combi

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Coup de théâtre !

Carmen a toutes les peines du monde à me tirer de mon ivresse. Quelques bonnes tasses de café bien fort plus tard, elle me raconte le parcours de Fiona. Changeant de vêtements, d'apparences et de couleur de cheveux, elle parvient à passer le cordon de policiers encerclant la gare la plus proche du Home. De là, elle a marché, et elle a toujours su trouver un abri sûr pour dormir. Elle a songé un instant se rendre au domicile privé de la Présidente de la Cour d'appel, qui lui aurait témoigné plus de confiance et d'amitié que bien des assistants sociaux. Elle sait qu'elle habite Huy, connaît le nom de la rue, puis elle se ravise: après tout, c'est une juge, un magistrat. Et la revoilà marchant, prenant le bus, faisant même du stop, et elle se retrouve en plein Liège, place Saint-Lambert. Là, elle a la terreur de sa vie, car elle rencontre Khaled, qui prend de ses nouvelles. Comment ce salaud est-il arrivé à reconnaître Fiona après sa prise de poids et son changement de coiffure, mystère! Il ferait même un stage à E... non loin des "Buissons". Pas de doute, il a gardé le contact. Heureusement, il y a des policiers dans le coin. C'est normal : le palais de Justice n'est pas loin. C'est à ce moment-là qu'elle me téléphone et que je lui conseille d'aller chez sa mère.

Son bref récit terminé, Carmen m'emmène au Commissariat de l'antenne de police où je retrouve une Fiona dont les cheveux d'un magnifique blond vénitien ont pris la couleur du chou rouge mal cuit. L'un des policiers qui m'avait conduit au domicile de mon père est là. Il sourit. Il me pose des questions auxquelles je répond en toute sincérité, et puis c'est le coup de théâtre. L'Instruction a rebondit, effectivement, mais pas exactement dans le sens voulu par le Protectionnel: nous apprenons que le Substitut du Procureur du Roi C... vient de transmettre au Parquet un réquisitoire de non-lieu, ce qui revient à dire que le Ministère Public renonce à me poursuivre! Les policiers locaux insistent pour qu'un fax soit envoyé d'urgence au SPJ, confirmant l'extraordinaire nouvelle. J'ose à peine y croire. Je suis mis hors de cause. Certes, j'étais innocent, mais à voir la Justice au travail, je me demandais sérieusement si mon innocence allait être reconnue ou si j'allais finir par voler en taule. Le Parquet devait encore statuer, ce qui pourrait encore durer des mois (les cas les plus graves sont traités en priorité: le Ministère Public ayant renoncé à me poursuivre, mon affaire perd son caractère d'urgence), mais ce n'est qu'une formalité, d'après la police, qui nous conseille de nous rendre tous les trois, avec nos défenseurs, au SPJ, demain dès 9.00h. Le Fax serait arrivé. Mon avocat exulte. Sur mes conseils, il avait fait part du fait que Fiona était en sécurité, mais que le secret professionnel l'empêchait d'en dire plus. C'est ainsi qu'il a empêché la fugue de Fiona de devenir une "disparition inquiétante". Et de fait, Fiona a toujours été aidée et protégée lors de son odyssée. Par qui? J'ai quelques idées, mais je renonce à chercher. La police prétend que dans bien des cas, porter aide à un mineur en fugue pouvait être assimilé à assistance à personne en danger et les aidants ne seraient pas poursuivis. Toutefois, cette aide s'est voulue efficace et discrète. Aussi la laisserai-je dans l'ombre, dans l'espoir de pouvoir un jour lui (leur) rendre la pareille...

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Réunion en urgence du SPJ

Le lendemain, dès 9.00h, après avoir prévu l'avocate de Fiona et le nôtre, nous sommes au pied de l'ascenseur nous menant aux bureaux du SPJ. Arrivé à l'étage, nous tombons sur le Directeur Ricard qui affecte de ne pas nous voir. Il disparaît rapidement à nos yeux. L..., la déléguée, arrive à pas précipités et nous gratifie d'un signe de tête. Elle n'a pas l'air contente. Elle entre dans le grand bureau vitré d'information situé derrière le couloir servant de salle d'attente. S'ensuit une conversation animée avec les employées où je crois entendre le mot "fax". Visiblement énervée, elle sort du bureau et file dans les couloirs. Apparaît alors notre avocat, un large sourire aux lèvres. Il me serre les mains et me dit: "Félicitations, vous êtes innocent!" Ravi de l'apprendre, ironisé-je en moi-même, mais mon défenseur est si heureux de la tournure des événements que je ne veux pas le chagriner par une remarque cynique. Nous attendons tranquillement Maître T... et le Directeur du SPJ.

Celui réapparaît, flanquée de L... qui tient un papier à la main. Sur les conseils de mon avocat, je présente mes excuses à la déléguée  pour la manière plutôt brutale avec laquelle je l'avais rembarrée au téléphone. Elle n'a pas de réaction. "Je ne peux vous recevoir qu'à 18.00h", nous annonce Ricard. "Cela me convient parfaitement", dit mon avocat,"d'autant plus que Maître T... a l'air d'avoir un empêchement. De fait, l'avocate de Fiona téléphone au mien qui lui annonce le report de la réunion.

A 18.00h, nous sommes tous là: Fiona, Carmen, nos deux défenseurs et moi. Ricard nous fait entrer dans la salle de réunion, mais prie Fiona de rester un instant dehors. Sans faire durer le suspense, il nous annonce: "Elle rentre avec vous..." Nous demeurons de marbre. Il ajoute : "Cependant, je dois vous avertir: Fiona ne vous tient pas le même discours qu'à nous. Elle s'est prétendue enceinte de plus de quatre mois et vous vous imaginez..." Nous l'interrompons et lui faisons savoir que Fiona avait subi une échographie le 22 avril, ce qui démontre la fausseté de cette accusation, d'où qu'elle vienne. "Mais elle peut recommencer", insiste Ricard."Je vous assure, cette petite a un réel problème." "Alors, nous allons la soigner", dis-je d'un air détaché, "mais en douceur, cette fois, avec les meilleurs spécialistes." "Justement", me dit Ricard, "je subordonne la suspension de la contrainte à un suivi psychologique". Je propose immédiatement la psychologue qui me suit en même temps que mon psychiatre. Elle est connue et nous tombons d'accord. "Vous serez ensuite convoqués dans le courant du mois de juin pour une thérapie familiale au Centre de Guidance de H...", ajoute le Directeur du SPJ. Là, je tique: pourquoi une thérapie familiale? Mon avocat reste de marbre. Maître T... hoche la tête avec un large sourire. "Après tout, il faut être prudent", dit mon avocat, et, tandis que Ricard note par écrit ses décisions, il informe Maître T... d'un cas dont il aurait entendu parler : une jeune fille se serait enfuie du même Home que Fiona et on aurait retrouvé son corps sans vie dans les bois. Maître T... prend un air effrayé. "Et presque rien dans les médias", surenchérit mon défenseur. Je revois la scène. D'un côté, mon avocat, de l'autre, celle de Fiona. Au milieu, Ricard qui prend des notes d'un air de plus en plus absorbé... Nous étions au courant de l'histoire, et, avec les réserves d'usage en pareilles circonstances, je l'évoquerai dans la rubrique "Cas analogues". Mon défenseur n'a pas pour réputation de ne parler pour ne rien dire...

Pour finir, Ricard fait rentrer Fiona (qui, cette fois, était à cent lieues de penser à fuguer) et lui annonce son retour chez elle. "Tu es contente?" demande Ricard. Fiona n'en croit visiblement pas ses oreilles, et son hochement de tête affirmatif est hésitant, presque imperceptible. J'interviens: "Les grandes démonstrations de sentiments, c'est pas trop notre truc, pas vrai Fiona?" Ma fille sourit. Je lui souris en retour. Son sourire s'élargit. Le mien aussi. Le petit visage d'ange se crispe sous la masse de cheveux chou rouge. Fiona étouffe un sanglot. Nous sommes réunis. A nouveau.

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Et maintenant ???

Je suis pour ainsi dire au terme (provisoire?) de mon histoire personnelle, et je m'aperçois que j'ai oublié des tas de choses : la visite des déléguées du SPJ à notre domicile, et le fait qu'elles considéraient comme anormal le fait que "nous essayions systématiquement de trouver le meilleur spécialiste possible pour le suivi de nos enfants". J'ignore combien de gosses ces dames ont eu, et combien sont morts. Elles comprendraient tout de suite. Il y a des tas d'autres anecdotes: lorsque Fiona se présenta au Tribunal de la Jeunesse avec le cocard le plus spectaculaire que je ne lui ai jamais vu, l'Auberge des Marches, à V... pas loin de chez moi, n'a pas été jusqu'à prétendre que j'aurais fait le trajet pour la frapper. D'après Roland, il aurait été question d'une tentative d'intimidation de la part d'un des mes "amis" à la sortie du Centre. Affirmation mensongère, d'où qu'elle vienne. Par contre, à la Cour d'Appel, lorsque Fiona était chez les fous, elle arborait un léger hématome sous l'oeil, dû à une crise d'une de ses petites camarades, qui a fait voler en éclats l'évier de la chambre, l'un de ces éclats ayant atteint Fiona sous l'oeil. Les fous en blouse blanche de Cambrousse ont été jusqu'à prétendre que je me serais tapé les 280 bornes aller-retour, rien que pour fiche mon poing sur la figure de ma fille!!! Il y aurait encore des tas de choses à dire. Mais ce drame, dont personne n'est sorti intact, est, semble-t-il, arrivé à son terme, et si je ne puis garantir que son récit soit à 100% exhaustif, tout ce qui y est relaté est sincère et correspond à notre perception réelle des choses, sans parti pris ni modifications, histoire que "tout" colle. Je crois avoir fait d'une histoire passablement embrouillée un ensemble lisible, et la construction de ce site m'a également aidé à mettre de l'ordre dans ma tête, mais l'âme même des documents, que ce soient les attendus de jugements, les SMS et les écrits de Fiona, je n'y ait pas ajouté une virgule, et mes remarques éventuelles étaient bien détachées des versions tierces, de manière à bien séparer les deux.

Le 4 juin 2003, nous devrons à nouveau nous rendre à l'audience du Tribunal de la Jeunesse. Selon notre avocat, au vu de la situation actuelle, ce ne serait qu'une formalité, mais je ne peux me départir d'un sentiment d'inquiétude : notre drame a commencé de manière soudaine, inattendue, comme un éclair, le 19 septembre 2002. Presque huit mois plus tard, alors que la situation était au pire, il se termine de manière tout aussi soudaine le 14 mai 2003. J'ai à la fois peine à croire que cela s'est vraiment produit et que c'est vraiment terminé. Mais est-ce vraiment terminé???

A présent, tout le Protectionnel clame d'une seule voix qu'outre Khaled, Fiona aurait fait elle-même des révélations. Les seules dont nous avons la preuve, c'est la "fausse déposition" à la PJ, dont elle nous a transmis copie, en soulignant le fait qu'elle a toujours refusé de la signer. Pour le reste, même les intervenants du Protectionnel qui ont à peine dit trois mots à notre fille clament avec force qu'elle a réellement dit des choses!!! MCB aurait recueilli les confidences de Fiona au sortir du cabanon de Cambrousse. Le jour des visites, elle aurait même demandé à entrer elle-même au cabanon pour ne voir personne! Reportez-vous à la description écrite par Fiona de ce fameux cabanon , puis cliquez sur le bouton "Précédent" de votre navigateur. Posez-vous la question : cette affirmation est-elle crédible? L'histoire du viol de Fiona le 24 décembre, c'est un pensionnaire camé du Bosquet qui serait allé la raconter, Fiona se bornant à reconnaître qu'elle était sortie sans autorisation et avait rencontré ses parents. Donc, les propos accusateurs de Fiona nous ont toujours été rapportés par des personnes du Protectionnel. Nous ne l'avons jamais prise, elle, en flagrant délit de mensonge. Maintenant qu'elle est libre, on dirait qu'ils essayent tous de nous faire admettre que Fiona aurait des périodes de psychose mythomaniaque. Que ça peut recommencer. A tout moment. On insiste là-dessus. Lourdement... peut-être un peu trop lourdement.

Tout praticien sérieux vous dira qu'un vrai dédoublement de la personnalité, un vrai Dr Jeckill & My Hide, ça se rencontre pour ainsi dire jamais, les multiples personnalités finissant toujours par se mélanger dans une très large mesure. Or, sur quoi ce site est-il basé ? Sur notre expérience personnelle, le memo  et des dizaines de lettres et des SMS de Fiona, sans compter les conversations téléphoniques et autres. A aucun moment, la volonté de Fiona ,n'était braquée dans une autre direction. Du désespoir, des pleurs, de la résignation même, mais aucune incohérence. Sentiment de culpabilité? AUCUN, n'en déplaise à Cécile Duchemin et sa poupée mécanique, l'ancienne avocate de Fiona. La peur qu' "avec leurs conneries" (sic) "son père allait finir en prison", je n'en disconviens pas. Mais est-ce de la culpabilité? Njet tovaritch! Tout le discours de Fiona dont l'authenticité peut-être prouvée dit la même chose : "Je ne veux pas être placée. Je veux rentrer chez moi. Je veux que tout redevienne comme avant". Même devant Plâtrier, en présence de sa nouvelle avocate, lorsqu'on lui demanda: "Que veux-tu exactement?" "RENTRER" et le juge et la Procureur de s'exclamer : "Mais c'est ce que tu nous racontes depuis le début!!!!". Un comble! Or, on voudrait nous faire croire qu'elle aurait tenu un discours radicalement contraire, tout aussi cohérent, à toutes les personnes du Protectionnel, sans jamais se couper, sans jamais nous laisser transparaître la moindre trace de son "dilemme"??? Voilà un "double discours" drôlement bien cloisonné, bien organisé. A ce niveau-là, ce n'est plus des troubles de la personnalité, c'est du génie! Or, il se trouve que nous connaissons notre fille: nous l'avons vu grandir, développer sa personnalité, avec ses bons et ses mauvais côtés. Parmi ses mauvais côtés, citons entre autre une tendance à la bouderie, au silence désapprobateur, rompu par une franchise si brutale qu'elle confine à l'impertinence (c'est sans doute, à mon avis, ce qui a déclenché l'incident de "Claude le Boxeur") Elle peut être têtue comme une mule, butée comme un bouledogue anglais, exaspérante même, mais si elle excelle dans les lettres, côté mensonges, elle a encore beaucoup à apprendre... Ce n'est pas son genre : ainsi, depuis sa rentrée chez elle, sous le coup d'un stress "positif", elle a eu un nouveau malaise. Sa mère lui demande : "As-tu pris tes médicament?" "Ou...oui" entend-elle comme réponse. "Quand?" Une petite voix répond : "Il y a trois jours!" Elle s'est tout de même fait gronder, mais pas de brûlure de cigarette, bien entendu...

Face à cette cohérence, qu'avons-nous? Des déclarations mensongères depuis le début (Galette, Lino), des théories délirantes (Mabuse), des faux témoignages (X..., j'ai le nom dans ma déposition, de Cambrousse)! Un dossier jeunesse incohérent, bourré d'erreurs, et d'horreurs, de contre-vérités, avec un décalage complet par rapport à la vérité (description de notre maison, disposition des pièces, ce que la perquisition n'aura pas manqué de mettre en évidence), sans compter les erreurs de personnes. Un truc monté à la va-vite. Alors, à votre avis, qui dois-je croire?

Selon mon avocat, je suis face à un système qui a dérapé, et, plutôt que de reconnaître son erreur, n'a cessé de s'autoprotéger, tentant soit de prouver ma culpabilité, soit de plaider le dérangement mental d'une jeune fille de 16 ans. Et cela a duré près de huit mois. Aujourd'hui, 28 mai 2003, Fiona est près de nous, en sécurité, mais on continue à prétendre qu'elle est dérangée... Pourquoi? Crainte des représailles? Peut-être: après tout, se dire que nous avons une fille qui aurait des tendances psychotiques, ça freinerait pas mal de monde. Mais ils oublient une chose, je suis à deux mois de la cinquantaine, et cette affaire a fait de moi un homme brisé, qui n'a plus qu'une idée en tête: l'avenir de ses gosses, déjà gravement compromis par une déscolarisation presque totale (alors qu'elles redoublaient!) Devrais-je admettre, sans objection, que Fiona ait, cerise sur le gâteau, un passé psychiatrique, peut-être monté de toutes pièces? Non. Pas sans vérification. Conclusion: dans cette hypothèse, le résultat est exactement contraire au but recherché! Au lieu de nous museler, "ils" auraient tendance à nous encourager à continuer à chercher, à savoir, à aller au fond des choses, quoique nous puissions trouver...

Aujourd'hui 4 juin 2003, nous nous sommes présentés au Tribunal de la Jeunesse. Il n'a été question que des problèmes technico-juridiques induits par la brusque évolution de la situation. D'après ce qui nous a été donné de comprendre, la prochaine audience serait remise sine die, sauf bien sûr, l'apparition "soudaine" d'éléments nouveaux. Ayons le triomphe modeste et restons sur nos gardes. Dans quelques mois selon mon avocat, je me présenterai en sa compagnie en Chambre du Conseil, pour m'entendre prononcer le non-lieu requis par le Ministère Public. Et l'affaire sera officiellement close.

D'ici là, j'aiderais Fiona à se "restructurer", et pour cela est apparu dans notre garage une nouvelle alliée, tout à fait inattendue, minuscule mais craquante: même mon vieux loup est sous le charme, se contentant de la retourner doucement à coup de truffe, sans lui faire le moindre mal., alors qu'il est d'un naturel jaloux et aurait pu, d'un coup de dents, mettre fin au sortilège. Mais c'est un animal dont la gentillesse m'étonnera toujours. Souhaitons que cette image constitue la fin du calvaire de Fiona...

Salut ! Je m'appelle Cali et c'est Fiona qui m'a recueillie .Il y a bien une grosse bête toute noire qui me fait peur, mais elle a l'air gentille...

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Combat d'arrière-garde

Dans le courant du mois de juillet, nous avons reçu la visite des deux déléguées du SPJ, Mesdames L... et D... Alors que, pendant la perquisition, mon gros loup avait adopté une attitude pacifique, il accueillit les deux dames par des rugissement de lion, montrant ses dents jaunes et en crochet, adoptant une attitude agressive qui ne lui était absolument pas habituelle ! En fait, cette agressivité de mon chien, je ne l'ai vue qu'à trois reprises (en 11 années d'existence !), celle du mois de juillet étant la troisième. La première fois, c'était vis-à-vis d'un autre chien, qui s'était permis de montrer les dents à Maureen, et la seconde, c'était vis-à-vis d'un visiteur qui s'était avéré peu digne de confiance. Selon un dresseur de ma connaissance, mon vieux loup serait un grand pacifiste, à ne pas confondre avec un chien craintif, et ne consentirait à la violence que lorsqu'il se sentirait en réel danger, ou qu'il sentirait un danger planer sur un membre de sa famille (et particulièrement sur les enfants). Ce jour-là, mon Groenendael était particulièrement furieux, et en dix ans et demi de vie commune, j'ai appris à tenir compte de ses réactions. Il ne s'est que rarement trompé. Il faut dire que nous n'avions eu que peu de raisons de nous réjouir de l'immixion du SPJ dans notre vie, mais comme l'attitude agressive d'un brave chien ne constituerait pas une preuve tangible devant un tribunal, je me montrerai plus honnête vis-à-vis de cet organisme qu'il ne l'a été vis-à-vis de nous et je mettrai la colère de mon monstre sur le compte d'un parfum interprété comme une phéromone hostile. La suite semble par ailleurs accréditer cette thèse. Nous y avons reçu la confirmation de la décision de nous imposer un suivi de thérapie familiale et psychologique. Lorsque j'affirmai notre intention de faire suivre, en plus des décisions contraignantes, notre fille par un pédo-psychiatre, ces dames n'étaient guère enthousiastes: selon elles, un suivi psychologique et familial suffirait!  Je leur fis savoir que, personnellement, je n'ai jamais parlé de dérangement mental dans le chef de ma fille, que ce sont eux qui ont parlé de psychose, qu'elle tenait un double discours, qu'elle était mythomane, etc... Il s'agirait d'une maladie mentale, donc, et, très logiquement, comme toute maladie, elle n'est pas uniquement du ressort de la psychologie, mais bien de la médecine, donc, dans le cas de Fiona, d'un psychiatre! Force leur fut de me donner raison.

Pendant les mois de juillet et d'août, nous nous sommes rendus au centre de guidance de H..., en leur faisant savoir que nous venons uniquement parce que les dispositions du SPJ nous y obligeaient, que nous ne voyions pas ce que cette thérapie pouvait nous apporter, que les seuls troubles dont nous souffrions étaient tous, sans exception, dus aux décisions judiciaires iniques dont nous fûmes les victimes, et que la souffrance de Fiona était également dues à des placements dans des instituts dont nous pensions le plus grand mal, tant par leur manque de compétence que (surtout dans le cas du Bosquet ) leur manque de réserve dans une affaire en cours d'instruction, lequel manque de réserve était équivalent à une obstruction à la justice. Toutefois, comme il n'entrait pas dans nos intentions de contester les décisions prises à notre encontre, nous serions toujours ponctuels aux rendez-vous du centre de guidance. Ce que nous avons fait: même si, à la veille de chaque consultation, Fiona avait des malaises et qu'un jour, nous nous sommes même rendus à H... alors que Fiona arborait une joue du bleu le plus magnifique, due à une de ses syncopes. Au bout de plusieurs séances, les assistantes sociales du centre de guidance conclurent que, dans de telles conditions, elle ne pouvaient faire un travail efficace, et remplirent un rapport allant dans ce sens.

Octobre 2003. Quelle ne fut pas notre surprise de voir un huissier de justice sonner à notre porte, nous apportant une citation à comparaître devant le Tribunal de la Jeunesse en date du 29.10.2003, pour nous entendre condamné à subir une foit de plus la contrainte du SPJ, la possibilité de nous enlever à nouveau Fiona, ou le maintien des décisions de contrainte prises à notre égard. Selon notre avocat, il na fallait pas trop se faire du soucis: c'était une des dernières cartouches du Protectionnel, mais que nous étions bien mieux armés à présent pour contrer en appel toute décision judiciaire prise à notre encontre: en effet, le réquisitoire de non-lieu a été officiellement transmis, et le délai de décision de la Chambre du Conseil était strictement d'ordre administratif. Il était tout à fait légitime de notre part de parler de véritable harcèlement dans le chef du Protectionnel. La veille de notre comparution, Fiona eut, une fois de plus, une syncope, mais cette fois-là, elle n'eut pas de bleu à la joue: elle s'était écroulée sur un tas de linge sale qu'elle voulait descendre jusqu'à la buanderie.

La comparution elle-même fut mémorable, car elle confinait au surréalisme: nous fîmes la connaissance d'une nouvelle (et confortable) dame Procureur (ou substitut de Procureur) qui était visiblement la seule à vouloir nous imposer quoique ce soit:

La Procureur (ou supposée telle) nous reprochait, je la cite de mémoire, notre "déni" devant le travail fait par le SPJ et des différents lieux de placement que Fiona a eu le malheur de fréquenter. Qu'il y avait bien une vérité "judiciaire", mais bof! Je trouve personnellement que ce mépris pour le travail d'une Juge d'Instruction et des forces de police a quelque chose de particulièrement offensant, mais baste! Ce n'est pas à moi de les défendre. Le Juge, quant à lui, signale la vitesse (je dirais moi, la précipitation irréfléchie) de l'intervention de la Justice sur cette affaire, et je lui avoue, bien volontiers que "c'était une surprise totale". C'est un peu normal: vous en connaissez beaucoup, de personnes parfaitement innocentes qui s'attendraient du jour au lendemain, d'être accusées de pédophilie? Nous nous attendions malgré tout à ce que le Juge maintienne la contrainte. Fort heureusement pour Fiona, il n'en a rien été: avec sagesse (mais un peu tard: Fiona a perdu une année scolaire, en dépit des quatre (oui, 4!) attestation de fréquentation que nous avons reçu, émanant de quatre établissements scolaires différents !!!), le Juge a estimé que cette affaire n'avait plus lieu d'être.

Le 15 décembre 2003, mon non-lieu est officiellement acté par la Chambre du Conseil, mettant un point final officiel à toutes ces tragi-comédies. Selon mon avocat, ce non-lieu serait plus important qu'un acquittement en bonne et due forme. Il établissait que les indices et les présomptions de culpabilité dans mon chef étaient pour ainsi dire inexistants, et que dès lors, un Procès (avec acquittement) était tout à fait inopiné. Nous pouvons enfin respirer... et faire les comptes...

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